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© Chambre avec Vues 2005
1906 - 2003
Paul Almasy est l'un des plus grands photographes engagés dans le documentaire social du 20e s. Paul Almasy, c'est cinq tours du monde, 1 300 000 kilomètres en avion, 1 700 reportages. Cet infatigable photographe sociologue a visité tous les pays du monde, sauf un la Mongolie ! Il est aussi l'auteur de deux livres sur la photographie, trois romans policiers, quatre récits historiques et 43 articles sur la photographie. Ses images ont été éditées dans 278 revues de 58 pays.
Paul Almasy né en 1906 à Budapest d'un père juif et d'une mère de la haute aristocratie hongroise, Paul Almasy se passionne tout jeune pour les livres d'images. Il étudie les sciences politiques à Vienne et à Heidelberg et décide de se consacrer au journalisme. En 1925, sa première mission de correspondant l'entraîne au Maroc pendant la révolte d'Abd el-Krim. Désormais, les reportages vont
se succéder dans tous les pays européens, en Afrique et en Asie. Sa longue carrière de photojournaliste lui a permis de travailler également pour des organismes tels que l’OMS et l’UNESCO.
Vers 1929, Almasy part pour l'Amérique latine, où il fait son premier reportage photographique sur l'Institut qui fabrique du sérum à partir du venin des serpents à Sao Paulo. Pour le journal Berliner Illustrierte, il se charge d'un reportage sur l'entraînement des athlètes finlandais en vue des J.O. de 1936. Le rédacteur en chef découvrant ses images s'exclame "Tu photographies avec l'esprit d'un journaliste et non avec celui d'un photographe". La photographie lui apparaît alors comme une nécessité pour illustrer efficacement ses articles.
Dès 1936, le plus grand éditeur suisse Ringier & Cie qui publie le Schweitzer Illustrierte Zeitung lui propose de diffuser ses photographies dans la presse allemande et suisse. Cette collaboration durera 45 ans.
Paul Almasy s'établit définitivement en France en 1938.
Pendant la guerre, il poursuit son activité de correspondant pour la presse suisse et se rend ainsi
dans les pays occupés. "Je n'ai photographié que les conditions de vie des populations".
Comme Walker Evans ou Dorothea Lange pour le projet de la Farm Security Administration lors du New Deal, Almasy s'applique à montrer la détresse humaine.
Au lendemain de la guerre, il est chargé d'études sur la réorganisation de la vie économique en Europe.
Il interview Mussolini, Eisenhower, le Négus, Charles de Gaulle, Konrad Adenauer et écrit la biographie de Madame Vincent Auriol en 1948 et de la reine Frédérika de Grèce en 1952. Son regard de portraitiste se pose sur des personnalités artistiques comme Breton, Chagall, Giacometti.
Dès 1952, il devient collaborateur accrédité auprès des organisations internationales des Nations Unies : UNESCO, OMS, UNICEF, FAO et Bureau International du Travail.
Dans la lignée de l'engagement de photographes comme Eugene Smith, Almasy parcourt le monde et rédige de grands récits historiques pour la presse. Il photographie la "condition humaine", en y inscrivant une haute valeur morale.
En 1953, Almasy mène une étude sur le problème racial en Afrique du Sud ainsi que sur la condition des femmes dans plusieurs pays. Il fait un reportage sur les aspects du problème de la drogue en Asie et la vie des Esquimaux pour l'OMS. D'Alaska, il part et traverse
longitudinalement le continent américain ce qui le conduit jusqu'en Terre de Feu en 1962. Partout où ses pas le mènent, il découvre que l'enfant est le miroir le plus pur de l'âme humaine. Ses portraits d'enfants sont des témoignages de rencontres fortes émotionnellement comme celui de ces deux petites Colombiennes, sa photographie préférée.
Les images d'Almasy trouvent un écho dans la presse qui alors fait une large place au reportage.
La photographie réalisée au Paraguay "L'ouvrier chez le percepteur" a fait l'objet de 27 publications.
Almasy explique son choix éthique. "Je fus frappé du contraste entre ce percepteur avec ses chaussures noires, bien brillantes et ce pauvre bougre qui se tortillait avec ses pieds nus. Alors je me suis baissé un tout petit peu et j'ai fait la photo.
Ce qui a séduit les agences et les rédacteurs, c'est que je visualise un conflit social avec des éléments aussi inhabituels."
En 1956, année où il prend la nationalité française, il participe à la fondation des Gens d'images, association de photographes créée par Albert Plécy. Au début des années 1960, Almasy crée les archives photographiques du Togo sur commande du gouvernement. A partir de 1973, il enseigne le photojournalisme en particulier au Centre de Perfectionnement des Journalistes et publie un ouvrage de référence théorique "Photographie, Moyen d'information" (éditions Téma, 1975).
En 1978, Almasy reçoit la distinction de Maître de la Photographie par le Conseil Européen des Photographes Professionnels.
Adoptant une approche systématique, presque sociologique, lorsqu’il abordait un nouveau pays, il a
tout autant photographié les ouvriers que les dirigeants, la vie quotidienne, l’industrie, les paysages… et a ainsi constitué une photothèque de plus de 400.000 photographies.
En Allemagne ou en Suisse, Paul Almasy est reconnu comme un maître aux côtés de Henri Cartier-Bresson, Gisèle Freund ou Robert Capa. Décédé en 2003, il laisse une oeuvre exemplaire, riche de témoignages, comme une fresque de l'âme des hommes où l'esthétisme s'invite. Une forte impression graphique de détache de ses images grâce à son oeil, son cadrage, ses jeux de lumière, et les tonalités dans ses tirages. Ses photographies ont été présentées dans plus d'une trentaine d'expositions en France et à l'étranger et quatre monographies lui sont consacrées dont la plus
récente "Les vingt glorieuses, la vie quotidienne en France 1950-1970" au Seuil en 2007.